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30 juillet 2011 / sebmayoux

Tskhinvali, entre Géorgie et Ossétie du Sud

24 heures, c’est le temps depuis lequel je suis parti de France.

Un vol vers la Russie, puis une traversée interminable des territoires russe et ossète en 4×4 ont eu raison de ma nuit. Je n’ai pas dormi.

Je ne peux m’empêcher de penser ce que je laisse derrière moi. Alors ca y’est, j’ai changé de vie. Finies les soirées entre potes, finis les dîners en famille, finis les matchs de rugby… Je ne suis plus vraiment la personne que ma mère a mis au monde. J’ai trop changé. Est-ce qu’elle me reconnait ? Est-ce qu’elle sera fière de moi un jour? Pas sûr. La dernière photo de moi qu’elle a vu, c’était une couverture d’un magazine people qui titrait « Dépendant sexuel, l’ancien  rugbyman est accusé de viol sur mineur ». Pas facile à assumer lorsque c’est votre fils dont on parle.

Un peu ému par ces pensées, je sors mon Coran et je prie. Cela empêche mes larmes de monter encore plus. Cela me rappelle aussi que je me suis engagé sur le chemin de la rédemption. Une rédemption qui m’a vu me convertir à l’islam.

Arrivé à Tskhinvali, on m’en dit plus sur ma mission. Depuis le conflit armé de 2008, entre l’Ossétie et la Géorgie, la frontière n’a jamais vraiment été désarmée. C’est une véritable poudrière. Et a en croire mon instructeur je suis justement là pour éloigner les allumettes le plus possible de cette poudrière.

Pendant la guerre, l’armée géorgienne a fait appel a des mercenaires ukrainiens. Très bien entraînés, ils n’ont cependant pas réussi à enrayer l’indépendance de la province séparatiste d’Ossétie du Sud. Ces mercenaires avaient établis leurs camps en territoire aujourd’hui ossète, non loin de la capitale Tskhinvali. Cette zone est aujourd’hui inexploitée. L’armée de la nouvelle Rébulique d’Ossétie du Sud est tout récente. Et dans une armée composée de 2 500 homes seulement, il est difficile d’exposer des hommes à des risques inutiles.

L’Ossétie du Sud est convaincue que, comme les anciennes républiques socialistes ont récupérées les armes de l’Armée Rouge à la dislocation de l’URSS, ces mercenaires, et l’armée Géorgienne, ont positionné des armes, des munitions et des infrastructures militaires sur les teritoires Ossètes longeant la frontière.

La Géorgie elle n’a jamais démenti. Elle n’a jamais confirmé non plus.

C’est pourquoi je suis là. Tout ce qui est en territoire Ossète appartient, selon le droit international, à l’Ossétie du Sud. Ma mission est donc de partir sonder ces « zones démilitarisées » pour poser le pavillon Ossète sur tout ce qui s’y trouve. Bien sûr, par tout ce qui s’y trouve, j’entends tout ce qui a de la valeur pour le nouveau gouvernement, c’est-à-dire du matériel militaire. Bien sûr aussi, la Géorgie, ne reconnaisant pas l’Ossétie du Sud, ne vas sûrement pas offrir un tel butin sans le défendre.

C’est d’aileurs pour cette raison que l’Ossétie a choisi de faire appel à la sécurité privée, plutôt que d’envoyer sa propre armée. Si un échange de tirs (voire plus) a lieu entre l’armée ossète et l’armée gérogienne pour défendre un stock de munitions, cela peut déclencher un incident diplomatique, et déclencher la « Troisième Guerre d’Ossétie ». Or, ce pays, nouvellement indépendant, n’a pas les finances et les moyens militaires de s’embarquer dans un nouveau conflit armé. Surtout que cette fois, il n’est pas sûr que le « grand frère » Russe viendra à la rescousse. Et rappelons que sans l’appui militaire de la Russie, il n’y aurait pas d’Ossétie du Sud indépendante.

En envoyant des mercenaires, cela permet de ne pas « déraper » en incident diplomatique, quelque soit l’épilogue. Si nous essuyons des tirs ou des bombardements de l’armée Géorgienne, nous ne sommes que des civils employés par une société de sécurité privée française pour une mission à l’étranger. La Géorgie et l’Ossétie du Sud ne viole donc officiellement auncune règle ou loi internationale.

Maintenant que je sais pourquoi je suis là, il va falloir y aller. Un sac sur le dos et un Famas en bandoulière (et oui on s’équipe Français), on quitte Tskhinvali pour la frontière, environ une trentaine de kilomètres au sud.

Pendant le trajet, je me dis quand même que si on pouvait ne pas tomber sur les géorgiens se seraient mieux. Ou alors des gérogiens sympathiques et non-armés. Parce ce que je suis peut-être mercenaire, mais je n’ai encore jamais tué.

Carte de la frontière entre la Géorgie et l'Ossétie du Sud

Carte de la frontière entre la Géorgie et l'Ossétie du Sud

Accompagné de 3 autres gars, que je n’avais jamais vu, on a quadrillé toute la zone frontalière, environ 200 kms je dirais. Cela nous a pris 3 jours. On était à pieds, avec seulement un sac à dos, une tente, une arme et de la nourriture immangeable.

Le dernier jour, un des membres du groupe, un ouzbek, a sauté sur une mine.

Putain de mine! Le dernier jour ! Cétait presque la mission parfaite.

On aurait pu l’entendre hurler depuis Moscou. Lorsque que je suis arrivé à sa hauteur, je l’ai vu étendu, se tordant de douleur, les 2 jambes arrachées. Le spectacle était assez effrayant. On s’est tous regardé. Qu’est ce que qu’on fait ? Soit on le ramène sur notre dos, soit on l’achève. Si on le ramène, il n’est pas certain qu’on le ramène en vie non plus. Perso, je ne sais pas faire un garrot. J’ai jamais suivi des cours de médecine, mais je sais qu’il perdrait trop de sang pour vivre longtemps en l’état actuel.

On était tous autour à se regarder. On parlait pas la même langue mais peu importe. Les regards suffisaient.

Finalement, on a pu le ramener en vie jusqu’au « checkpoint » ossète, ou nous attendait l’instructeur. Mais Mirzaev, c’est son nom, est mort dans l’hélicoptère qui le transportait à Tskhinvali, la capitale. En l’apprenant, je n’ai pu m’empecher de penser que je l’avais porter pendant 30 kms sur mon dos pour rien…. On aurait peut-être dû le laisser, vu le résultat !

En parlant de résultat, ma première mission fut un semi-échec. A part des chars et des bunkers à moitié détruits par les bombardements lors de la guerre, rien à signaler. Aucune armes ou munitions n’était présents le long de la frontière… A part cette mine qui a coûté la vie à l’un d’entre nous….

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